Pop-culture, sujets en vrac et tiramisus


    Galaxy express 999, un train dans l'espace.

    Partagez
    avatar
    Giromu
    Captain America

    Messages : 2611
    Date d'inscription : 10/07/2011

    Galaxy express 999, un train dans l'espace.

    Message par Giromu le Jeu 23 Aoû - 16:44

    Si je vous dis « monument du shonen », vous me répondez quoi ?




    Selon votre génération, j’entendrais « la sainte trinité » (= One piece, Bleach, Naruto), Saint Seiya, Dragon ball Z, Hokuto no Ken et bien d’autres choses, mais je suis prêt à parier qu’il s’agira avant tout de shonen basés sur le combat ou les arts martiaux.
    Ceci dit, les plus anciens me répondront peut-être Mazinger, Grendizer (Goldorak), Captain Harlock (Albator) ou même…Galaxy express 999.


    Générique Français. On oublie cette horreur, même en se replaçant dans le contexte...
    http://www.youtube.com/watch?v=F2yV7T_1YkA

    Et on le remplace dans sa tête par le générique japonais.
    http://www.youtube.com/watch?v=Gq-b_iNrQaQ

    L'ending est magnifique
    http://www.youtube.com/watch?v=ahGtNKvNJsY


    Galaxy express 999 est un titre de Leiji Matsumoto légendaire au Japon, plus encore que Captain Harlock. Presque inconnu chez nous, il fut notamment diffusé sur la berlusconienne cinq, bien des années après Albator 78. Le problème, c’est que même en 89-90, n’importe quel enfant remarquait que cette série était d’une réalisation ancienne et que son atmosphère générale est d’une tristesse infinie, ce qui n’est pas franchement galvanisant pour la plupart des gosses.


    La sublime Maetel et l'orient-express de l'espace.

    Personnellement, cette série me foutait le cafard et m’inquiétait beaucoup par son ambiance triste et mystérieuse (c'est-à-dire un train quasi vide perdu dans la nuit stellaire, avec de rares passagers, en dehors des héros, vraiment moroses et froids d’attitude).

    Et pourtant Galaxy express est un shonen qui s’adresse aux jeunes garçons à priori, et comporte aussi de l’humour et de l’action. Une petite trentaine d’épisodes sur les 113 que compte la série furent diffusés en France et jamais nous ne connûmes la fin, hormis en voyant le premier film, qui fut diffusé en vidéo et DVD.
    Au fait, l’idée d’un train volant dans la nuit vient d’une nouvelle de Keiji Miyazawa, "train de nuit dans la voie lactée". C'était le quart d'heure culture.


    Tetsuro, le héros de l'histoire, ne se départit jamais des frusques et du pistolet de Toshiro, l'ami d'Harlock.

    L’histoire : elle se déroule dans le même monde que celui de Captain Harlock et Queen Emeraldas, le « Leijiverse » comme il sera appelé par les fans.
    Dans un lointain futur, l’humanité a conquis de nombreuses galaxies et essaimé à travers une énorme portion de l’univers, rencontrant même des races extra-terrestres, comme les fascinantes Sylvidres qu’affronte Harlock dans ce chef d’œuvre qu’est Albator 78 (facilement trouvable en DVD en France, au contraire de Galaxy Express 999), réalisé à la même époque.

    Sur Terre, l’humanité se divise entre les riches, qui peuvent devenir immortels en achetant un corps mécanique, d’apparence plus ou moins humaine (ça va d’une apparence humaine incorporant des éléments robotiques très visibles, comme des cadrans, des voyants…à des corps en verre ou en bois) et la majorité de la population, pauvre, qui meurt de faim sous leur joug en se tuant au travail.


    Les humains meurent de faim sous le joug des riches cyborgs.

    Les cyborgs n’ont en effet plus besoin de boire ou manger pour vivre et donc plus besoin de travailler. La majeure partie d’entre eux continue cependant à pouvoir boire et manger s’ils le veulent et leur soif de richesses n’est nullement atténuée.
    Pire, nombreux parmi eux, à cause de leur condition d’immortel, s’ennuient et deviennent fous et insensibles, tuant les humains comme on écrase une mouche.
    C’est ce qui arrive à la mère du jeune Tetsuro Hoshino, tuée par le comte Mecha (comte mécanique en VF) lors d’une chasse à l’homme de loisir. Tetsuro est sauvé par une femme mystérieuse en habits russes qui ne lui donne que son prénom, Maetel (l’auteur a expliqué qu’il s’agit d’un personnage qu’il avait graphiquement conçu bien des années avant, pendant le lycée). Après l’avoir aidé à se venger du comte, que Tetsuro tue de sa main, elle lui offre la possibilité de tenir la promesse qu’il a faite à sa mère mourante : devenir un cyborg et vivre une vie longue et heureuse à la place de ses parents qui sont morts trop jeunes et n’ont pas pu profiter de la vie.


    Le comte Mecha est un monstre au delà de toute rédemption

    Tetsuro décide également qu’un corps de cyborg lui donnera la puissance nécessaire pour aider ses amis humains à lutter contre leurs riches oppresseurs. Il suivra donc Maetel à bord du Galaxy Express 999 (Three nine et non Nine hundred ninety nine ou neuf-cent quatre-vingt dix-neuf en Français, comme on le lit à tort), une sorte d’Orient Express spatial qui dessert toutes les planètes entre la Terre et la planète Promethium dans la galaxie d’Andromède, pour obtenir gratuitement un corps de cyborg au Terminus.

    Le Galaxy Express est en fait un puissant vaisseau spatial qui n’a l’apparence d’un train à vapeur que pour le confort visuel et physique des voyageurs. Il voyage sur des rails virtuels et dissimule de puissants canons laser de défense. L a Galaxy Railway, qui l’exploite ainsi que des milliers d’autres trains, est capable d’envoyer de véritables petites armées en cas de problème, mais cet avantage cesse à mesure que les voyageurs s’éloignent de la Terre, comme ils le remarqueront bientôt.


    Le conducteur anonyme du Galaxy Express est un extra-terrestre bonhomme et le premier élément comique de la série. Il sert plus de maître d'hotel et de chef de bord que de conducteur, car le train est en pilotage automatique.

    Le billet est si cher qu’il faut une vie entière pour s’en payer un, mais Maetel le lui offre sans contrepartie. Elle voyagera avec lui tout du long.
    Tetsuro lui trouve une ressemblance avec sa défunte mère, mais cette femme mystérieuse et fascinante cache bien des secrets.
    Pourquoi semble-t-elle tout connaître des planètes traversées ? Que transporte-t-elle dans sa valise qu’elle n’ouvre jamais devant lui ?
    Ensemble, ils vont faire un long voyage et découvrir de multiples facettes d’un « crapsack world » (« Monde de m… » dirait Georges Abitbol, l’homme le plus classe du monde).


    Claire, la tragique serveuse du Galaxy Express, est un des plus beaux personnages de Matsumoto.

    En effet, la variété des planètes rencontrées ne peut cacher l’état de délabrement moral et/ou social des galaxies colonisées par les humains. Et ne nous y trompons pas, ils n’ont pas besoin d’être cyborgs pour tout faire de travers.
    Quelques exemples de situations rencontrées :

    - Une planète sur laquelle tout est pris en charge par les machines du gouvernement. Les humains ne font rien et grossissent de manière extraordinaire. Quand leur maison s’écroule sous leur poids, une nouvelle maison avec les bonnes dimensions est automatiquement construite.

    - une autre est peuplée d’une race mourante d’hommes insectes. La reine pondra ses œufs dans le galaxy express pour permettre à sa dernière génération de survivre à la faim, mais pour des raisons physiologiques, un seul en réchappera.

    - Pluton est devenue un immense cimetière à ciel ouvert rempli des corps abandonnés par les anciens cyborgs pour devenir immortels. Tetsuro y fait la rencontre d’une femme qui hésite à reprendre son ancien corps pour éprouver à nouveau le sentiment d’être humaine.

    - une planète sur laquelle des nobles se livrent à des guerres « chevaleresques » à bord d’avions de la Première guerre Mondiale, mais qui se révèlent en fait des jeux cruels faits au détriment des populations

    -une planète sur laquelle la population meurt de faim car elle verse la grande majorité de sa nourriture à sa reine qui vit sur une île et fait retentir régulièrement une mélopée de harpe pour se faire verser son tribut. Quand nos héros y mettront le pied pour arrêter la situation, ils comprendront toute l’ironie de celle-ci devant le cadavre de la reine, l’automatisation du palais continuant à fonctionner et à menacer les habitants. Le pire restant la mélopée de harpe qui est simplement produite par le vent marin sur l’instrument.

    - une autre planète qu’on peut citer ne comporte que des cyborgs qui restent assis toute la journée sans rien faire, leurs villes tombant en ruines. Tetsuro y fait un rêve provoqué par les fantômes des jeunes humains qui se sont opposés à la mécanisation.

    Galaxy Express 999 est clairement une des séries les plus tristes du monde. L’humanité y apparait comme étant dans un cul de sac évolutif provoqué par le processus de transformation en cyborg. Tetsuro va vivre un grand nombre d’expériences qui vont lui faire découvrir l’envers du processus et la perte d’humanité qu’il provoque, mais aussi rencontrer des modèles à suivre, qu’il soit familiaux (les familles au sang chaud qu’il rencontre sur une planète peuplée d’humains qui s’insultent et se tapent dessus pour un rien, mais s’avèrent être en fait emprunts d’humanité et de compassion) ou de résistance à l’oppression (le charismatique pirate Antarès, qui lutte contre les cyborgs sur sa planète ou Captain Harlock, qui lutte pour conserver l’esprit pionnier et de liberté des Hommes).


    Maetel et la noble pirate Emeraldas, veuve de Toshiro.

    Et si il croise des planètes-dictatures, comme celle qui attribue un métier à chacun de ses habitants et les exécute si ils font mine de s’en écarter, il tombe aussi toujours sur des êtres d’exception qui font tout pour vivre pleinement leur idéal ou aider les autres, comme ce vendeur d’udon qui reste le dernier restaurateur sur sa planète par piété pour l’art qu’il a appris auprès de son maître alors que les cyborgs voisins ne mangent plus. C’est cette ferveur qui lui permettra de rendre son humanité à la mystérieuse femme des glaces qui fait trembler tous les gens de la ville dans laquelle il habite.

    Galaxy Express est un shonen d’une intelligence rare, un parcours initiatique puissant qui marque autant son jeune héros que le spectateur, confronté à des situations extrêmes qui montrent la résilience des simples êtres humains quand ils sont mus par leur volonté. C’est aussi une exploration d’une grande finesse de l’âme humaine, de ses aspirations et de ses mesquineries. Matsumoto montre parfaitement le dévoiement des mœurs des plus riches et des plus puissants, surtout quand il n’y a aucun frein à leur pouvoir.

    La bande-son de Nozomi Aoki est magistrale. Pleine de morceaux tristes et mélancoliques, on y croise aussi nombre de morceaux guillerets qui correspondent aux nombreux instants joyeux que compte la série, car Galaxy Express n’est heureusement pas que larmes !
    Le compositeur avait déjà opéré sur l’excellente bande-son de Ken le survivant.
    Au character design, on retrouve l’excellent Shingo Araki dans un de ses premiers travaux. En France, il est surtout connu pour avoir remanié de fond en comble les designs du manga de Saint Seiya pour les adapter en anime.

    Le manga (paru au Japon de 1977 à 1987) a été traduit chez Kana et a connu une suite 20 ans plus tard ( !).


    Le manga d'origine, édité par Kana.

    La série TV (1978 à 1981) a pris fin au 113ème épisode, qui explique le mystère Maetel et les raisons de ses actes, bien qu’on en ait déjà quelques aperçus au cours de la série. En France, seuls les 38 premiers épisodes ont été diffusés et doublés en Français.

    Il existe également deux films datant de la même époque, tous deux traduits en France. Le premier, Galaxy express 999 (1979), est un résumé magistral de la série. Tetsuro, qui y’est grandement embelli, part obtenir un corps mécanique pour se venger du comte, qu’il n’a pas réussi à tuer sur terre. Antarès est dans ce film son modèle, même si on a aussi droit à une apparition particulièrement classe de Harlock et de son Arcadia.
    Pas mal de choses changent pour des raisons de temps et Tetsuro y’est moins rêveur et plus pragmatique, mais ce film est une merveille indispensable qui vaut bien la série. Fait après avec un plus gros budget, il a également mieux vieilli.


    Maetel et Tetsuro version film. Il est méconnaissable!

    Le deuxième film, Adieu Galaxy express 999 (en Français dans le texte, 1981), est une suite réussie mais plus dispensable du film et de la série, principalement parce que ceux-ci bouclaient la boucle. Il reste un beau film qui a très bien vieilli dans lequel Tetsuro va rencontrer son père, qui n’est pas mort.

    Il existe également un court film sorti en 98 (que je n’ai pas vu), Galaxy express 999 : Eternal Fantasy. 2 OAV que je n’ai pas vues, Maetel Legend (2000) précédent la série TV. Elles furent suivies en 2004 par une série TV de 13 épisodes, Space symphony Maetel.

    La mélancolie et la profondeur de Galaxy Express, qui bénéficie également d’une ambiance poétique et réflexive intenses, méritent que vous vous jetiez dessus sans tarder. Ce qui frappe est la qualité constante de la série. Il y’a certes des épisodes meilleurs que d’autres, mais aucun n’est à jeter !
    Le duo de héros est incroyablement charismatique. Leur courage et leur force morale, tout autant que leur altruisme les distingue du commun.
    Maetel est douce, sage et réservée. Elle irradie d’une profonde tristesse en quasi permanence. Ne la cherchez pas trop cependant, car elle n’hésite jamais à tuer si elle ou son oisillon est menacée.


    Maetel est une guerrière redoutable si le besoin s'en fait ressentir.

    Tetsuro est fougueux et entier.
    Parfois naïf, il est surtout d’une grande générosité et sait donner courage à ceux qui en ont besoin. Ils se complètent à merveille. Tôt dans le film comme dans la série, il rencontrera la mère de Toshiro (Alfred, le concepteur de l’Arcadia et ami d’Harlock) qui lui confiera son cosmogun, son manteau et son chapeau rapiécés dont Tetsuro ne ses départira jamais. Par ailleurs, il tire excellemment bien.

    La série est introuvable en France mais a été intégralement sous-titrée en anglais par divers projets sur le net. Par ailleurs, l’intégrale de la série TV de 79 (sous-titres uniquement) a été annoncée aux USA.

    avatar
    Baxter
    Sumimaniac

    Messages : 777
    Date d'inscription : 10/07/2011

    Re: Galaxy express 999, un train dans l'espace.

    Message par Baxter le Jeu 23 Aoû - 17:54

    Ca a l'air d'être une excellente série. J'aime bien les histoires de voyages, de découverte, comme l'Odysée de Kino par exemple. Mais 113 épisodes... O_o Si je la matte, ça sera vraiment au compte-goutte. XD
    Mais en tout cas, ça donne envie.^^(par contre... la gueule du héros... enfin, en version animé, ça doit quand même aller mieux, on doit vite faire abstraction mais ça fait quand même un peu mal XD)
    avatar
    Giromu
    Captain America

    Messages : 2611
    Date d'inscription : 10/07/2011

    Re: Galaxy express 999, un train dans l'espace.

    Message par Giromu le Jeu 23 Aoû - 18:11

    Pour te dire, j'ai commencé cette série au début de l'année et j'en ai regardé un peu de temps en temps. C'est le meilleur rythme pour voir une série aussi longue.

    Pour la tete de Tetsuro version série TV, c'est typique du style Matsumoto. Les femmes sont grandes et élancées avec de longs cheveux, les hommes bâtis comme Harlock et il y'a aussi beaucoup de nains difformes comme le médecin de l'arcadia, Toshiro et bien d'autres. c'est le style de caricature qu'il affectionne.
    Tetsuro est un des rares personnages d'enfants de l'auteur à être aussi difforme. D'habitude, il sont plus comme dans le film.


    Dernière édition par Giromu le Jeu 23 Aoû - 20:12, édité 1 fois
    avatar
    Ju
    Production I.G.

    Féminin Balance Messages : 2321
    Date d'inscription : 10/07/2011
    Age : 34
    Localisation : Plus à gauche, plus haut, plus bas. Voilà.

    Re: Galaxy express 999, un train dans l'espace.

    Message par Ju le Jeu 23 Aoû - 19:41

    J'avais été impressionnée par la série à l'époque, même si je n'en garde que de très très vagues souvenirs. En gros le train, des hommes de verre et des arrêts sur images des deux personnages principaux: Toshiro et Maetel.
    Ce sera un plaisir de remettre les pieds dedans .

    Contenu sponsorisé

    Re: Galaxy express 999, un train dans l'espace.

    Message par Contenu sponsorisé


      La date/heure actuelle est Mer 28 Juin - 14:12