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    Les films français des années 60 au début des années 80

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    Giromu
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    Les films français des années 60 au début des années 80

    Message par Giromu le Mar 24 Jan - 17:24

    On ne parle pas assez du cinéma français des années 60-70/début 80, alors qu’il s’agit d’une période faste du 7ème art pour le pays, avec des films et des acteurs marquants.
    Cette rubrique nous permettra de découvrir ou de redécouvrir les petites perles de cette époque, en commençant par ceux de Jean Yanne en tant que réalisateur.





    Jean Yanne est un acteur et réalisateur français qui mérite d’être redécouvert, si ce n’est déjà fait !

    Ses premiers films, dans les années 70, sont des satires au vitriol de son époque et sonnent encore particulièrement juste aujourd’hui. Fait suffisamment rare pour être signalé, Yanne tape sur tout ce qui bouge, hommes politiques de droite, de gauche, grands patrons, syndicalistes, employés, grands médias, Eglise, policiers…

    Dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972),
    http://www.wat.tv/video/tout-monde-il-est-beau-tout-g9by_2frhb_.html

    Jean Yanne interprète Christian Gerber, un journaliste radio travailleur et cynique qui a le malheur de dénoncer à l’antenne les comportements bien peu professionnels de ses collègues journalistes reporters de guerre qui se paient des vacances aux frais de la princesse sans être jamais en danger. Licencié, il sera pourtant rappelé après une histoire de mœurs, tombant en pleine Jésus mania de la radio (on est alors en plein triomphe IRL de la comédie musicale « Jésus Christ superstar ») car son patron y voit un filon commercial plus qu’une mission d’évangélisation.
    Yanne accepte de revenir à la condition d’avoir carte blanche et décide de dénoncer l’omniprésence de la religion, devenue une simple mode, et de tester tous les produits vantés par la pub radio, en en dénonçant les mensonges et en comparant les marques entre elles en direct !
    Juste excellent.

    Extrait symptomatique!
    http://www.youtube.com/watch?v=12cBaujFBCM


    L’un de ses meilleurs films (mon préféré en tout cas) est Moi y’en a vouloir des sous (1972), un pur chef d’œuvre.
    http://www.dailymotion.com/video/xk5lf_moi-y-en-a-vouloir-des-sous_news

    Jean Yanne y’est un honnête (et cynique, comme tous ses premiers rôles) comptable d’entreprise, Benoît Lepape, neveu d’un grand ponte syndicaliste luttant contre le patronat. Licencié, il lui soumet une idée incroyable : racheter une entreprise en situation de faillite sur les fonds du syndicat en utilisant sa connaissance du milieu financier et en faire un véritable conglomérat au service des travailleurs, reversant tous ses gains au syndicat en secret. Tout marche très bien, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il est en fait un véritable génie des affaires condamné à s’enrichir et surtout que son oncle ne vaut pas mieux que les grands patrons qu’il combat. L’Eglise en prend encore une fois pour son grade dans ce film, mais aussi les féministes, qui passent pour des mégères frustrées qui ne rêvent finalement que d’épouser un milliardaire…
    Ce film est surtout une excellente critique du système capitaliste dans ce qu’il a de meilleur comme de plus absurde et mauvais.

    Des sous! Des sous! Des sous! Une manif au slogan concis!
    http://www.dailymotion.com/video/xka29_moi-y-en-a-vouloir-extrait_news#rel-page-1


    Dans les Chinois à Paris (1973), les armées communistes envahissent l’Europe, France comprise, et entreprennent d’y installer la dictature du prolétariat afin de « libérer » les Français de l’esprit capitaliste.
    http://www.dailymotion.com/video/x4wbrt_les-chinois-a-paris-bande-annonce_shortfilms
    Décidant de ne laisser qu’un type de production par pays conquis et apprenant que les Français sont « les plus grands fumistes du monde », ceux-ci seront, suite à une erreur de traduction, producteurs de cheminées !
    Jean Yanne interprète un collabo sans scrupules, Régis Forneret, prêt à tout pour faire fortune, mais ayant un plan absolument génial pour renvoyer les Chinois dans leurs pénates. A noter, un grand Paul Prébois en prêtre français naturalisé chinois et reconverti en rééducateur communiste faisant des lapsus (« Bonjour mon fils, euh, camarade ») ou encore un Daniel Prévost d’anthologie en cynique reconverti communiste fanatique qui finira par se révolter car il trouve que les Chinois ne sont pas assez purs idéologiquement…
    Le ballet « Carmen » de Bizet à la mode Mao vaut aussi le détour !
    Savoureuse parodie très acerbe de la France occupée par les Allemands.

    En 1975, c’est Chobizenesse , qui s’attaque au milieu du…showbiz, avec moult numéros musicaux (Yanne était fan de ballets classiques et modernes et de chorégraphies musicales, ce qui explique qu’il en ait truffé ses films). Je n’ai pas encore vu ce film, mais ce fut un échec commercial pour son réalisateur.
    http://www.dailymotion.com/video/xbs2x0_chobizenesse-jean-yanne_shortfilms


    Dans je te tiens, tu me tiens par la barbichette (1978), il joue cette fois l’inspecteur Chodaque, un flic enquêtant dans le milieu de la TV sur l’enlèvement d’un animateur vedette, Patrick Rengain. Ce film donne l’occasion à Jean Yanne de nombreux sketchs parodiques et de numéros musicaux réussis (avec beaucoup de stars de l’époque, comme les village people. Disco jusqu’à la mort !). Selon moi, ce film a un problème de rythme, malgré ses qualités. Pas son meilleur et, effectivement, le succès fut absent des salles.
    http://www.dailymotion.com/video/x4w5xg_je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barb_shortfilms


    En 1982 sort Deux heures moins le quart avant Jésus Christ , le premier film dans lequel il tient un rôle mineur, celui d’un livreur acariâtre.
    http://www.dailymotion.com/video/x3f5u0_deux-heures-moins-le-quart-avant-je_shortfilms#rel-page-2
    Sur le modèle des albums d’Astérix, il s’agit d’une parodie de notre société moderne, dans laquelle le « charagiste » Ben Hur Marcel (Coluche) devient bien malgré lui le porte-parole des petits commerçants et se retrouve au cœur d’une conspiration contre César.
    Ce film est une charge contre les hommes politiques, contre le peuple trop craintif et les apprentis révolutionnaires incapables. Moins féroce que ses films précédents, mais très sympathique. Ce film marqua son retour en grâce.

    Enfin, son dernier film en tant que réalisateur date de 1984. Il s’agit de Liberté, égalité, choucroute . Je n’ai pas encore vu cette histoire parodique de la Révolution française centrée autour du commandeur des croyants venant en France au salon de l’équipement de bourreau acheter une guillotine. Un dernier échec commercial en tout cas !
    http://www.dailymotion.com/video/xhvr3i_liberte-egalite-choucroute_shortfilms



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    Giromu
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    Re: Les films français des années 60 au début des années 80

    Message par Giromu le Ven 3 Fév - 16:23

    Un vieux film dramatique de 1962 assez oublié, les dimanches de Ville d'Avray (c'est dans les Hauts de Seine).
    http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19045490&cfilm=50471.html

    Très difficile à trouver, ce très beau film a reçu en son temps l'oscar du meilleur film étranger sous le titre Sundays and Cybele.

    Pierre, un pilote de guerre qui a fait l'Indo, revient en France avec des séquelles psychologiques, car il croit y avoir tué une petite fille. Il est pris en charge par Madeleine, une infirmière qui l'a recueilli et en est amoureuse. Un jour, alors qu'il la raccompagne, il aperçoit sur le quai de la gare de Ville d'Avray une petite fille abandonnée par sa mère et placée par son père qui s'en fiche dans une pension religieuse tenue par des soeurs.
    Une vraie complicité va se lier entre ces deux personnages mis à mal par la vie et Pierre, à la mentalité assez enfantine depuis son accident, va se rendre tous les dimanches à la pension en se faisant passer pour le père de l'enfant.

    Oh oh! Mais vous savez ce que vont penser les gens...


    Un film oublié et terriblement actuel, allant avec beaucoup d'intelligence et de force contre les conventions de l'époque, servi par des acteurs vraiment excellents. Juste magnifique, son propos est terriblement juste.


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    Re: Les films français des années 60 au début des années 80

    Message par Giromu le Lun 6 Fév - 21:18




    Deux films d'Yves Robert que j'adore, Un éléphant ça trompe énormément (1976)
    http://www.kidclap.fr/bandes-annonces/un-elephant-ca-trompe-enormement,14037

    et sa suite directe, nous irons tous au paradis (1977)
    http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces/nous-irons-tous-au-paradis,10591

    ça raconte la vie, dans les années 70, de 4 copains au début de la quarantaine, tous joués excellemment bien et méga attachants: Etienne (impérial Jean Rochefort en monsieur tout le monde), cadre de la fonction publique qui se voit offrir l'opportunité de tromper sa femme pour le première fois et s'imagine comme le héros d'un film romantique. C'est le narrateur des films et il raconte toujours les scènes à son avantage, surtout quand ce qu'on voit à l'écran n'y correspond pas.

    Simon (Guy Bedos, trop bon) est un médecin geignard et hypocondriaque qui déteste la vue des piqûres. Il est harcelé par sa mère au fort accent pied noir, la très drôle et caricaturale Marthe Villalonga.

    Daniel (grand Claude Brasseur, qui eût le César du meilleur second rôle pour le premier des deux films) est un discret garagiste homosexuel et séducteur qui le cache très bien à ses amis.

    Enfin, "Bouly" ( excellent Victor Lanoux) est une grande gueule au grand coeur à qui aucune fille ne résiste, ce dont sa femme va finir par avoir marre...


    Nous suivons leurs tribulations attendrissantes avec énormément de sympathie, car ils sont tous crédibles et attachants. Cette petite bande est entourée de très bonnes actrices. Danielle Delorme joue la femme d'Etienne, la très calme et fine mouche Marthe, après qui court le jeune Lucien, un étudiant benêt à grosses lunettes et à la diction hautaine typique de la jeunesse de l'époque.

    Annie Duperey campe la belle inconnue après qui court Etienne et obtint le meilleur second rôle féminin pour un éléphant ça trompe énormément.

    Une très bonne saga pour qui aime les ambiances potaches et les bons acteurs!



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    Re: Les films français des années 60 au début des années 80

    Message par Ju le Lun 6 Fév - 21:38

    Ah oui ça c'était bien. Le genre de films qu'on regardait à Noël en famille il y a quelques siècles. Et le dimanche c'était les épisodes de Zorro. Very Happy
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    Re: Les films français des années 60 au début des années 80

    Message par Giromu le Jeu 9 Fév - 21:58

    François Truffaut, vous connaissez ? Un de mes réalisateurs favoris, plutôt spécialisé en études de mœurs et en comédies dramatiques, c’est un des plus grands réalisateurs français.

    Les deux anglaises et le continent (1971) est un magnifique drame prenant place au début du siècle dernier :
    http://www.dailymotion.com/video/x49v5k_les-deux-anglaises-et-le-continent_creation



    Un jeune Français libertin de bonne famille part en vacances en Angleterre pour y parfaire sa maîtrise de l’Anglais (entre autres).
    Il se lie d’amitié avec les deux jeunes sœurs puritaines de la maison, qui le surnomment « le continent » en référence à ses origines géographique.
    En grandissant, elles vont devenir toutes deux très différentes de caractère l’une de l’autre et bien qu’elles s’adorent, vont se disputer ses faveurs, en migrant à Paris.
    Un de mes drames favoris. La fin, douce amère, m’a vraiment marqué. La bande-son est juste magnifique, surtout le thème musical génial.
    Truffaut considérait ce film comme son meilleur et il est difficile de lui donner tort.

    Le dernier métro (1980) est une fresque gigantesque et extrêmement réussie racontant les déboires d’une troupe de théâtre sous l’occupation.
    http://www.dailymotion.com/video/x49th4_le-dernier-metro_creation



    Le film a reçu 10 césars, excusez du peu. Il faut dire que le casting incluait des acteurs comme Gérard Depardieu, Catherine Deneuve…
    Très bon film, mais plus grand public que les autres. La patte du réalisateur est moins visible.

    La femme d’à côté (1981),
    http://www.dailymotion.com/video/x7hrbp_la-femme-d-a-cote-ba-vf_shortfilms



    C’est un des meilleurs films du réalisateur mais aussi de Gérard Depardieu et Fanny Ardant, juste géniaux. Les deux théatreux, désormais mariés, se retrouvent quelques années après la guerre par hasard. Ils vont redevenir amants, pour le meilleur et pour le pire.
    Musicalement, la bande-son atomise des ours blancs à Tombouctou, comme celle des deux Anglaises et le continent. Très beau film.

    De Truffaut, j’aime particulièrement le cycle Antoine Doinel. Ce personnage inspiré de l’enfance de Truffaut est joué tout du long par son acteur fétiche, Jean-Pierre Léaud.
    Son jeu sonne assez étrange aujourd’hui, car il affecte un timbre de voix haut perché, détaché et condescendant typique de la jeunesse des années 60 et 70 (voir le personnage de Lucien dans Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis). De fait, son jeu ne nous semble plus naturel, mais un peu sur joué.

    Le cycle commence par les 400 coups (1959).

    http://www.dailymotion.com/video/x49vvj_les-400-coups_creation



    Le jeune Antoine est déjà joué par Jean-Pierre Léaud (14 ans à l’époque) et le film raconte la jeunesse difficile d’un enfant en rébellion, inspiré par la jeunesse du réalisateur. Ce court-métrage en noir et blanc est un des plus emblématiques de la nouvelle vague, qu’il a contribué à lancer et fait de Jean-Pierre Léaud un de ses symboles.

    Dans le deuxième, Antoine et Colette (1962),



    http://www.youtube.com/watch?v=Tk_x9_WapXk

    le personnage a 17 ans et vit une première histoire d’amour. Ce court sketch en noir et blanc est extrait du film l’amour à 20 ans, qui brossait un portrait de la jeunesse de l’époque à travers différents réalisateurs et villes. Le personnage est ouvrier dans une usine de disques à Paris et va vivre sa première déconvenue amoureuse.



    Le troisième film est le meilleur, baisers volés (1968).

    http://www.youtube.com/watch?v=dImG5SzykgE



    Doinel est maintenant un jeune homme cynique et blasé qui finit son engagement militaire avec bien des difficultés, n’étant pas du tout motivé. Il cherche à entrer dans la vie active, devient gardien de nuit puis vendeur de chaussures et fréquente une jeune fille de bonne famille, Christine (la jolie Claude Jade), aux parents très bourgeois dans leur pensée. Le personnage en est amoureux et la vouvoie, comme le veulent les moeurs de l’époque (qui subsistent dans certaines poches de nos jours, comme le 16ème, Versailles…). Mais Antoine va se rebeller contre sa vie trop bien rangée quand il tombe amoureux de la femme de son patron et commence à tenter de la séduire…
    Parallèlement, il devient détective privé dans une étonnante agence d’un genre nouveau, travail qui lui apporte enfin un peu de satisfaction, temporairement...
    On sent poindre dans le film les revendications des étudiants qui lanceront bientôt le mouvement de mai (par le biais d’Antoine et de Christine, surtout) et ce film plein d’invention et de créativité est vraiment le reflet de son époque.
    Juste un de mes films favoris.
    Le film doit son titre à la chanson Baiser volés, qui ouvre le film
    http://www.youtube.com/watch?v=tBE6t3PVy2s

    Le 4ème film, Domicile conjugal (1970),



    http://www.youtube.com/watch?v=0bNB9cxwbfU&feature=related

    voit Antoine mariée avec Christine et se heurtant à une vie commune qui n’est pas faite pour lui. Voguant toujours d’un petit boulot fantaisiste (repeindre des fleurs pour les rendre plus attractives ! \o/) à l’autre, il commence à s’absenter fréquemment du domicile éponyme, notamment avec une belle japonaise nommée Kyoko, ce dont sa femme n’est pas dupe… mais quelles armes peut-elle employer face au cynique Antoine Doinel ? Claude Jade nous dévoile une nouvelle facette de son personnage, à la fois digne et fière mais toujours tout en retenue.

    Le 5ème et dernier film, l’amour en fuite (1979),

    http://www.dailymotion.com/video/x49tnr_l-amour-en-fuite_creation



    nous montre les aventures extraconjugales d’Antoine. Doinel sera il enfin rattrapé par ses choix ? En tout cas, il est toujours aussi fantasque et instable, malgré qu’il soit devenu père du petit Alphonse. Christine et Antoine seront le premier couple de cinéma à divorcer de façon mutuelle.
    A noter qu’on croise Dorothée dans le film et que Truffaut a estimé qu’il avait fait « une connerie » en le réalisant. De fait, il aurait dû s’arrêter à Domicile conjugal, mais ça reste très regardable.
    A noter qu'Alain Souchon a écrit une chanson très réussie pour le générique de fin du film, portant judicieusement le même titre.
    http://www.youtube.com/watch?v=hJtFOJAcQbg



    Le personnage d’Antoine Doinel est un rêveur instable, une bulle flottante qui se cherche.
    Epris de liberté et rebelle, Antoine Doinel n’est pourtant pas très sympathique : c’est un égoïste qui cache les choses à son entourage et recherche avant tout son bonheur personnel, tout le contraire de la douce Christine. François Truffaut s’en défendait mais il s’identifiait beaucoup à ce personnage qui lui ressemblait physiquement, au point de vouloir un temps épouser Claude Jade, interprète de Christine.


    J’ai encore pas mal de films de Truffaut à voir (Jules et Jim, la nuit américaine…). En tout cas, voyez au moins Baisers volés, les deux Anglaises et le continent et la femme d’à côté. Vous ne le regretterez pas.
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    Giromu
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    Re: Les films français des années 60 au début des années 80

    Message par Giromu le Mer 7 Mar - 17:13

    En l'honneur de la mort du grand Pierre Tornade (décédé aujourd'hui d'un
    accident à 82 ans, voix d'Obélix, capitaine Dumont dans la série des
    Charlots, serveur dans le grand restaurant, éternel second rôle de
    première classe à la fois jovial et tonnant, un grand acteur. Très
    grand) , causons d'un drame extraordinaire, Dupont-Lajoie d'Yves Robert (1974).



    Petit synopsis de ce film puissant :
    http://www.youtube.com/watch?v=lD9mdY4l6d0

    Georges Lajoie est un cafetier parisien "bien de chez nous", combinard, râleur et raciste.
    Chaque année il va en vacances
    au « Camping du soleil » où il retrouve les familles Schumacher
    (Le mari est huissier de justice à Strasbourg et joué par Michel
    Peyrelon, un acteur extraordinaire par son discours mielleux et
    condescendant. On a envie de lui fiche des baffes, mais sans
    méchanceté!) et Colin (vendeurs de soutiens-gorge sur les marchés,
    impérial Pierre Tornade dans un de ses plus grands rôles, sympathique,
    humain et poignant ).
    Le séjour de ces gens ordinaires est légèrement
    troublé par la proximité d'un chantier où travaillent des ouvriers
    étrangers. Des commentaires xénophobes sont prononcés. Une altercation
    éclate entre Lajoie, Albert Schumacher et deux ouvriers Nord-africains,
    un soir au bal.

    Le drame se noue là, qui va conduire à un crime de groupe.


    Est présent sur les lieux le présentateur vedette de la TV, Léon
    Tartaffione (parodie de Léon Zitrone par Jean-Pierre Marielle, à se
    plier en deux en faux modeste vrai égomaniaque), venu présneter les jeux
    intercampings retransmis à la TV (parodie d'Intervilles bien sûr). Lors
    des jeux au camping, Georges, peu intéressé, choisit d'aller se
    balader.
    Spoiler:

    Il retrouve la jolie fille des Colin (premier rôle d'Isabelle Huppert),
    qui est en train de bronzer à
    l'écart, à demi-nue. Le héros, légèrement échauffé par la jeune femme,
    tente de l'embrasser, elle refuse et le repousse. N'ayant qu'une idée en

    tête, il entame une tentative de viol. Dans la lutte qui s'ensuit, il la

    tue accidentellement (coup du lapin). Il organise une mise en scène,
    pour que les soupçons se portent sur les travailleurs étrangers.

    Pour
    venger la petite Colin, une ratonnade est cependant organisée par les
    campeurs emmenés par un ancien d'Algérie (Grand Victor Lanoux en soldat
    bien binaire), et il y a un mort et un blessé du côté des ouvriers.
    La police enquête (grandiose Jean Bouise en inspecteur loyal et
    incorruptible envers et contre tout) mais le fait d'accuser de "braves
    Français" inquiète les autorités en haut lieu, pour des raisons de
    publicité de la région...

    Ce film est un pamphlet contre la bêtise, notamment de groupe, et nous
    présente le portrait d'un assassin ordinaire très crédible, qui profite
    des conventions de l'époque pour cacher lâchement son crime, n'hésitant
    pas à manipuler ses amis et sa famille pour ce faire... Jean Carmet est
    extra en cafetier bien pensant au "bon sens près de chez vous".
    C'est aussi un portrait cruel de la France que dresse Yves Robert, à
    travers ces Français moyens sûrs de leur bon droit et "bien de chez
    nous", toujours prêts à rejeter leurs erreurs sur autrui.

    Les figures sympathiques et bienveillantes du film sont bien rares (le
    fils de Lajoie, sans préjugés, l'inspecteur, légaliste, et les deux
    Français aux accents prononcés, le pied noir et celui d'origine
    italienne).

    Le mécanisme qui conduit à la ratonnade est parfaitement décrit: on voit
    comment la folie et l'excitation des sentiments montent en puissance et
    comment l'irréparable se produit à cause des préjugés et du sentiment
    de toute puissance procuré par le groupe.

    L'Etat est également pris à partie, avec ces politiques à tous niveaux
    de responsabilité (préfets, énarques...) qui obéissent à un intérêt
    supérieur (la croissance économique, le qu'en dira on...) se
    substituant à la loi sans que ça les choque .

    Ce film très intelligent est puissant, bien joué et bien vu. Une petite
    merveille et la dénonciation courageuse à l'époque d'une certaine France
    donneuse de leçons.
    Encore aujourd'hui, il faut lire les commentaires sur internet pour voir
    les passions qu'il déchaine auprès des extrémistes de droite.

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    Re: Les films français des années 60 au début des années 80

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