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    Philip K.Dick

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    Bluipiah
    Legacy of Quake

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    Date d'inscription : 10/07/2011

    Philip K.Dick

    Message par Bluipiah le Jeu 25 Aoû - 23:36



    L'oeuvre de Philip K.Dick fut pour moi mon deuxième bouleversement littéraire avec l'assomoir d'Emile Zola. Ses livres ont fait carburer mon imagination comme nuls autres.
    J'ai longtemps voulu faire un topic sur lui, pour le faire découvrir, mais je ne savais pas par quel bout le prendre.
    Ses livres et ses nouvelles ne sont pas faciles à appréhender, et avec le temps, je me suis rendu compte qu'on ne pouvait réellement comprendre son oeuvre qu'en connaissant sa vie. C'est un fait connu que tous les auteurs mettent une partie d'eux même dans leurs romans, dans leurs personnages ou dans les situations qu'ils traversent. Mais avec Philip K.Dick, ce fait prend une toute autre dimension.

    De fait je me demandais si il valait mieux faire un topic biographique ou parler uniquement de son oeuvre, et au final, je me suis rendu compte que ça allait être un peu des deux.

    Ce topic n'as pas pour but d'être exhaustif sur sa vie ou sur ce qu'il a écrit, parce que c'est trop long en ce qui concerne l'oeuvre (trop à dire, trop d'interprétations) et compliqué sur sa vie (encore maintenant ses plus fervents admirateurs ne se mettent pas d'accord pour savoir si il était schizophrène ou non).

    C'est juste un topic pour le faire découvrir un peu plus en profondeur pour ceux qui ne le connaitrait que superficiellement ou via le prisme des adaptations cinématographiques de ses écrits, comme Blade Runner ou Total Recall, Minority report ou Planète hurlante pour ne citer qu'eux.
    Je me considère évidemment comme un fan, et en tant que fan, j'aimerai pas juste faire partager ma passion pour cet auteur, mais surtout faire raliser l'immense héritage qu'il a laissé dans l'univers de la science-fiction.

    Saviez-vous que The Truman Show était inspiré en partie d'un de ses romans? Pourtant ce n'est pas indiqué dans les génériques de début et de fin du film, il n'y a pas le "based on a novel/book by Philip K.Dick" qu'on peut voir au générique de Total Recall par exemple. Mais Peter Weir (le réalisateur du Truman Show) à déjà indiqué dans une interview que le scénario final avait puisé dans Time out of joint (Le temps désarticulé) de Dick.
    C'est la même chose avec Existenz de Cronenberg. Ce n'est pas à proprement parlé tiré directement d'un de ses écrits, mais inspiré par son univers selon Cronenberg.

    Vous seriez peut-être étonnés de voir aussi que bien avant les frères Wachowski et Matrix, Dick décrivait dans un de ses discours une de ses visions sur un monde superposé au nôtre, mais qui serait la réalité, et cette réalité serait masquée à nos yeux par un ordinateur super puissant qui nous ferait vivre dans l'illusion.
    Dark City, Donnie Darko, Videodrome, Bienvenue à Gattaca, et pleins d'autres... Ce ne sont pas à proprement parler des adaptations de ses histoires, mais elles puisent dans le passif qu'il a créé.

    J'ai lu une fois cette citation qui disait que la moitié des films de SF qui sortaient dans les années 80/90 étaient inspirés d'une des histoires de PKD.

    Certains trouveront ça exagéré et crieront au fanboyisme, d'autres trouveront ça très vrai, mais la morale de cette citation, c'est que Dick était plus qu'un simple auteur de SF, et qu'il était plus qu'un simple auteur tout court. C'était un génie et comme tous les génies, il a laissé un héritage dérrière lui, un poncif comme le dit Emmanuel Carrère (auteur d'une biographie sur Dick) et que maintenant, ce poncif appartient à tout le monde.

    Certains fans disent que Dick a été volé, qu'en quelque sorte ses idées sont reprises dans des tas de films sans qu'il y soit crédité.
    Je ne pense pas ainsi, et je ne crois pas que Dick le verrait d'un mauvais oeil si il était encore en vie.
    L'important comme il disait, était que la SF donne les pleins pouvoirs à l'imagination.

    Ce topic à pour but de vous inciter à lire au moins un de ses livres, et pour ça, il faut d'abord que vous sachiez un peu qui il était, et que vous découvriez sa vie tourmentée, dominée par la paranoïa, la drogue, parfois la folie, peut-être la schizophrénie, et toutes les angoisses qui ne l'ont jamais vraiment quitté.

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    Philip Kindred et sa soeur jumelle Jane Charlotte naissent le 16 décembre 1928. Ce sont des enfants nés prématurés, affaiblis. La mère, Dorothy Dick, n'as pas assez de lait pour les deux, et pour des raisons un peu obscures, ni elle ni ses proches ne pensent à combler le manque avec des biberons. Si Philip survit, sa soeur Jane a moins de chance: elle meurt 6 semaines plus tard. Bien qu'il ne l'ait quasiment pas connue, Philip K.Dick se plaindra toute sa vie de la disparition de sa soeur.

    Dick n'as pas eu une vie facile, en fait, on dirait bien qu'il a été malheureux la plupart du temps. Il se demandera souvent quelle aurait été sa vie si Jane avait vécue. Ne pouvant répondre à cela, il l'idéalisera. Jane était plus que sa soeur, c'était sa jumelle, son double, une partie de lui qui lui manque. Elle aurait pu le comprendre, le rassurer, jouer avec lui, l'aimer, lui qui souvent se sentira incompris, angoissé, rejeté.

    Son oeuvre sera fortement marquée par cette absence, et Jane apparaîtra symboliquement dans plusieurs récits. Par exemple dans Dr.Bloodmoney, la jeune Edie Keller pourtant enfant unique converse avec son frère mort-né, Georges, mais qui vit à l'intérieur d'elle. Presque personne ne la croit, mais cette présence la rassure. Avec lui, elle se sent moins seule. Elle lui décrit le monde des vivants, et lui en retour lui parle du monde des morts.

    Une autre apparition notable de Jane se trouve dans une de ses nouvelles les plus absurdes, Cadbury, le castor en manque.
    Dans cette histoire, Cadbury le castor est marié à une femme tyrannique et il tombe brièvement amoureux de Jane Feckless Foundfully (Feckless = Evaporée et Foundfully = Trouvée pleinement, ou retrouvée) avant de se rendre compte qu'elle est imaginaire.





    Philip K.Dick et...Un chat qui le regarde d'un air suspicieux.



    Peu avant ses 5 ans, son père est muté dans une autre ville et sa mère refuse de le suivre. C'est l'aboutissement d'années de tensions et de désaccord, et ses parents finissent par divorcer, ce que le jeune Philip prendra très mal. Il ne verra plus son père avant longtemps, et celui-ci rompra quasiment tout contact avec sa famille. Cette nouvelle absence le pertubera beaucoup, il se sent privé de son père après avoir perdu une soeur qu'il n'as presque pas connue. Des problèmes psychologiques apparaissent, il s'isole, refuse de manger et obtient des résultats décevants à l'école. Il n'as que 7 ans quand un psychiatre lui diagnostique pour la première fois ce qu'il appelle une "potentielle schizophrénie", ce qui ne manquera pas de terroriser le jeune garçon.

    L'absence de son père a été vécue differement que celle de sa soeur. Jane n'était pas la pour Philip, mais ce n'était pas sa faute, puisqu'elle était morte trop jeune, alors que son père aurait pu être la pour lui. C'était un adulte. Il aurait pu être la pour son fils.
    Lorsqu'il parle de son père, Dick décrit deux personnalitées, l'une aimante, l'autre froide et cruelle. D'un coté le père qu'il aurait aimé avoir, les meilleurs souvenirs qu'il garde de lui, et de l'autre le père indigne.
    Comme pour sa soeur, cette double image du père trouvera des échos dans beaucoup de ses récits. L'une des plus subtiles est évoquée dans "The three stigmata of Palmer Eldritch", dont je parlerai un peu plus bas.

    Il vit donc seul avec sa mère et à l'age de 12 ans, alors qu'il se rendait en librairie pour acheter son magazine préféré, il tombe par hasard sur la couverture d'un pulp, Stirring Science Fiction, qui l'intrigue fortement au point de l'acheter. Ce sera une révélation, et il commencera à imaginer des histoires. A 13 ans, il écrit son premier roman, retour à Lilliput.On peut dire que c'est à cet âge qu'a réellement commencée sa carrière d'écrivain.

    L'univers de Dick est assez sombre et désespéré et il reflète les peurs et les angoisses de son époque. PKD à connu le Maccarthysme, le fichage, et la chasse aux sorcières alors dans ses histoires, il parle de gouvernements qui épient et surveillent ses citoyens et traquent les dissidents.

    PKD a aussi connu la période de grande tension qu'était la guerre froide. Tous ses événements l'ont beaucoup marqués. Dites-vous que pour chaque nouvelle qu'il lisait dans les journaux, pour chaque déclaration ou mouvements de troupes, Dick imaginait le pire. Son coté paranoïaque ne pouvait lui laisser entrevoir que le pire.
    Avec Dick, c'est toujours le pire qui est craindre, c'est souvent mal que ça se finit. Il avait très peur que la guerre froide ne se mue en troisième guerre mondiale et en catastrophe nucléaire. Dans beaucoup de romans et nouvelles, l'action prend place sur une Terre ravagée par les bombes après une guerre entre les blocs de l'Ouest et ceux de l'Est.

    Ses prises de positions et son coté idéaliste lui attirent des ennuis, et plus tard, il sera renvoyé de son université au motif de sympathies communistes, alors qu'il se méfiait autant des communistes de l'Est que des va t'en guerre du gouvernement.

    Après un premier mariage raté, il se marie en 1950 avec Kleo Apostolides, une militante de gauche fichée au FBI pour les mêmes raisons que Philip fut renvoyé de son université: sympathies communistes. Il aura plus tard la visite de deux agents du FBI qui lui demandent de surveiller les activités de sa femme et de leur faire des rapports, ce qu'il refusera. Mais il se liera quand même d'amitié avec l'un d'entre eux, Georges Scruggs. Si il reproche aux dirigeants leur intolérance et leur vision manichéenne des sociétés, Dick n'est pas comme ça et il accepte de discuter avec tout le monde, même avec des agents du FBI qui lui font quand même un peu peur. Il accepte de parler avec tous les "camps" car même si à l'époque il a plutôt une sensibilité de gauche, il s'estime n'appartenir à aucun camp.

    Ses mésaventures du au militantisme de sa femme seront évoqués dans "L'oeil dans le ciel" ainsi que dans "Radio free Albemuth".



    The eye in the sky ( VF: L'oeil dans le ciel )



    Le couple Hamilton, Jack et Marsha, sont en train de visiter le Bevatron en compagnie de 6 autres personnes.

    Jack est anxieux car il va peut-être se faire renvoyer de son poste à l'armée à cause de sa femme. Sa compagne est une idéaliste en pleine période Maccarthyste, ce qui attire la suspicion des autorités et catalogue le couple comme sympathisants communistes.
    Le Bevatron est une petite merveille de la technologie, un accélérateur de particules hyper sophistiqué, mais un accident arrive et le Bevatron explose, irradiant fortement la poignée de visiteurs.

    Ceux ci sont conduits à l'hopital ou on les soignent, puis ils peuvent rentrer chez eux. Mais très vite, Jack Hamilton s'aperçoit que le monde qu'il connaissait a été altéré, modifié. La réalité n'est plus la même qu'avant.

    Jack comprend rapidement la vérité: Les 6 personnes sont toujours dans le Bevatron, inconscients car gravement bléssés, et à cause de l'accident, ils sont maintenant dans le monde imaginé par l'un des accidentés.
    Ils sont dans un monde-fantasme d'un de leur compagnons d'infortune, mais lequel? Et comment en sortir?
    Et même si ils s'en sortent, qu'est ce qu'il leur dit qu'ils auront bien regagnés leur monde et pas celui fantasmé par un autre?
    Et de toutes façons, est ce qu'il y a un "vrai" monde ou plutôt des milliers de réalités subjectives perçues par l'esprit humain?

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    Une des notions que l'on retrouve souvent dans les récits de Dick est celle du progrès dévoyé.

    Grand angoissé, il insufflait à beaucoup de ses histoires un ton très pessimiste, cafardeux. Ainsi, même le progrès, notion pourtant positive, peut dégénérer et se transformer en cauchemar si l'on en perd le contrôle.

    Si l'on prend par exemple les robots, les androïdes, les cyborgs et autres êtres artificiels, il est assez rare chez Dick d'en rencontrer de gentils. Ca arrive... Mais pas souvent, et il semblerait que çe ne soit pas naturel, comme si le cours régulier des choses était que les êtres artificiels veuillent inévitablement évincer l'homme, prendre sa place comme suzerain de la planète, ou tout simplement l'exterminer !
    Pourtant, quel meilleur symbole du progrès que le robot. Ils partent toujours d'une bonne intention (en général aider l'homme) mais ce qui fait peur à Dick, ce n'est pas le progrès en lui-même mais sa corruption, la perte de contrôle.

    Bref, chez Dick, il faut en général se méfier de tout ce qui est robot, en particulier si il essaye de se faire passer pour un être humain. L'univers Dickien est rempli de machines tueuses. La nouvelle Second Variety ou Nouveau modèle en VF est une des plus connue à ce sujet. Elle a été plutôt bien adaptée au cinéma avec Screamers alias Planète hurlante.







    Dans la nouvelle, la aussi ça part d'une bonne intention. Un scientifique du nom de Schoenermann invente le cerveau artificiel, qui sonne comme une promesse d'avenir. Et puis très vite son invention est utilisée à des fins militaires pour créer les Griffes (ou Screamers dans le film), qui évoluent tellement vite qu'elles échappent à tout contrôle et commencent à construire elles-même d'autres modèles et qui ont décidé que pour assurer leur survie, elles devaient éliminer les êtres humains.
    Et pour y arriver, elles commencent à créer des modèles qui ressemblent en tout point à des humains. Des Terminators avant l'heure en quelque sorte.

    Dans la nouvelle, le commandant Hendricks essaye de négocier une trève avec les troupes Russes après une guerre Ouest contre Est qui a dévasté la surface de la planète. En route, il rencontre un petit garçon pitoyable. Comment ne pas craquer devant David Edward Derring et ses grands yeux tristes? Il est tout seul, avec pour seule compagnie un petit nounours. Le laisser la serait criminel.

    En fait, David est une griffe, et il y en a des milliers comme lui, tous identiques. C'est le modèle 3, son but est de se "coller" à des humains, de les apitoyer pour que ceux ci le prennent sous leurs ailes et l'amène tôt ou tard dans un bunker, puisque vivre à la surface est trop dangereux à causes des radiations.
    Une fois qu'un David est entré, il attend le moment propice, la nuit souvent, pour faire entrer d'autres David dans le bunker, et la boucherie commence.

    Une fois qu'Hendricks est au courant de l'évolution des griffes, il se mettra à douter de ses nouveaux compagnons de route, et l'on retrouve une des questions qui revient fréquemment chez Dick, qu'est ce qui est humain, et qu'est ce qui ne l'est pas? Et de manière plus générale, qu'est ce qui définit un être humain? Comment savoir si vous en êtes vraiment un vous même? Si ça se trouve, vous vivez dans l'illusion depuis votre naissance. Vous n'êtes peut-être qu'un simulacre, une imitation, ou un fantasme d'humain, peut-être même que vous n'existez que dans les souvenirs de quelqu'un d'autre, et que vous n'avez pas réellement d'existence.

    La définition de l'humain est présente dans beaucoup de récits Dickiens, c'était une question qui obsédait son auteur. Dans une interview en 76, Dick disait: "Je ne peux pas me connaître moi-même, et l'autre encore moins. Je m'évertue donc à explorer ce thème; pour moi, il n'y a rien de plus important."





    David, un gentil petit garçon...

    ou pas.





    La notion de progrès dévoyée chez Dick ne s'exprime pas uniquement par les dérives de la science, elle touche aussi à des faits de société, comme l'avortement par exemple.

    Une de ses nouvelles les plus polémiques et qui divisent beaucoup ses lecteurs est "Les pré-personnes".

    Avec cette nouvelle, Dick est passé du cliché hippie-gaucho-communiste à celui de bigot conservateur réactionnaire dans l'esprit de beaucoup, alors qu'il n'était véritablement ni l'un ni l'autre. Il a reçu des tas de lettres d'insultes, des menaces, alors que son message n'avait pas été compris.

    Dans les pré-personnes, Dick imagine une société ou l'on peut faire avorter son enfant... même si celui-ci à 12 ans ! On y voit des poignées de gosses térrorisés dès qu'ils entendent le bruit du camion abortif, qui parfois s'arrête pour l'un d'entre eux à la demande des parents, prend l'enfant et l'amène vers son funeste destin comme on emmènerait une bête à l'abattoir. L'enfant est conduit dans une machinerie qui chasse l'air de ses poumons jusqu'a ce qu'il meure, car c'est la solution la plus économiquement rentable pour le contribuable.

    Dick a eu l'idée de cette société avec l'allongement de la durée légale pour avorter. En France par exemple, la durée légale est passée récemment de 10 à 12 semaines.

    A l'époque de Dick, je ne sais pas de combien de jours la durée légale dans son Etat avait été allongée, mais ça avait suffi à le faire questionner.

    Ce qui faisait peur à Dick, ce n'était pas tellement l'avortement en lui-même (que vous pouvez considérer comme un progrès ou non selon votre point de vue) mais les dérives que ça pouvait engendrer (on retrouve la notion de progrès dévoyé, la perte de contrôle).

    Si la durée légale augmentait, elle pouvait encore augmenter une prochaine fois, et de combien de jours cette fois-ci? Et comme dans sa représentation pessimiste du monde même les sociétés les plus démocratiques finissent par basculer dans la tyrannie, qu'arriverait t-il si l'on ne cessait de repousser cette durée légale? Quelles seraient les raisons invoquées? Est ce qu'on pourrait en arriver à des situations ou l'on avorte un bébé qui vient de naître? Qui a deux ans? Comment fixer des limites dans des sociétés de plus en plus inhumaines?

    Dans cette nouvelle, les autorités ont stipulé qu'un être vivant pouvait être avorté si il n'avait pas encore d'âme, et que l'âme s'incorporait dans le corps vers l'âge de 12 ans, âge à lequel les enfants commencent à peu près à appréhender des concepts mathématiques compliqués.

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    Des tensions commencent à apparaitre avec sa femme Kleo. Elle gagne mieux sa vie que lui, est plus intégrée alors que Dick galère pas mal à vendre ses écrits.

    Ce n'est pas tant la jalousie qui le ronge, mais l'incompréhension. Pourquoi la SF ne se vend plus, lui qui en fait? Son coté paranoïaque s'accentue. Ca doit être un complot, un complot contre lui, pour l'empêcher de réussir. Ses voisins le surveillent. Tout le monde le surveille. Il ne sait pas à qui faire confiance. Est ce qu'il perd la boule, ou est ce qu'il a raison seul contre tous? Il ne sait plus, en tous cas il redouble d'efforts et passe des journées à écrire, à travailler, à réécrire...

    Les longues journées de boulot plus la tension nerveuse qui l'habite lui font prendre tous un tas de médicaments, ainsi que des amphétamines. Ce sera le début d'une longue et triste histoire d'amour entre Philip K.Dick et toutes sortes de drogues. Il alterne entre le stress, les amphets et les périodes de dépression. Il décrira avoir l'impression de vivre en transe permanente.

    Il divorce en 58 et rencontre Anne Rubinstein qu'il épousera en 59, mais la sa vie de couple finit par mal tourner. Il devient toujours plus dépendant et paranoïaque, et suspecte même sa femme de vouloir l'assassiner.

    C'était une psychotique meurtrière. Elle me faisait peur, et par deux fois elle a tenté de me tuer dira t'il plus tard.

    Bien entendu, il ne peut apporter aucune preuve de ses dires. Mais quand on commence à soupçonner tout le monde de comploter contre soi, on n'as plus vraiment besoin de preuves. On sait. Ou on ne sait plus. Dick alternait aussi les périodes ou il était plus lucide, et ou il se rendait compte de ses cotés paranoïdes.

    A propos de la nouvelle "Colonie", il déclare que le comble pour un paranoïaque (et il sait de quoi il parle) ce n'est pas quand tout le monde se met contre vous, mais quand tout s'y met, même les objets de la vie quotidienne.

    Votre téléphone complote contre vous, vos chaussures complotent contre vous.

    Hey, ne rigolez pas, si vous croyez que c'est drôle de vivre avec cet état d'esprit-la.

    "Colonie" est une façon pour lui d'exorciser ce genre de démons intérieurs. Il y raconte l'histoire de colons spatiaux qui découvrent une planète à la végétation luxuriante et à l'atmosphère respirable, mais qui curieusement n'est habitée par aucune forme de vie. Très vite des scientifiques comprennent ce qui se passe: la planète contient un organisme hostile qui imite à la perfection tout les objets qu'elle touche. Un peu comme la Chose de carpenter, mais avec des objets inanimés.

    Et ceux-ci en veulent à votre vie ! Ca sera le début d'une lutte entre les colons assiégés par les objets du quotidien (comment savoir lesquels sont infectés?) et le mystérieux organisme.

    Un vrai délire de parano qui, comme souvent avec Dick, ne se finit pas très bien...

    En 64, Anne quitte le domicile conjugal avec leur fille. Dick connait des périodes de dépression plus longues et plus intenses. Des idées de suicide lui viennent à l'esprit régulièrement.

    Il se remarie assez vite avec Nancy Hackett, une femme plus jeune que lui de 15 ans.

    Surprise, le couple fonctionne...pas du tout, enfin disons qu'il ne faut pas attendre longtemps avant qu'il ne batte de l'aile.

    La encore on lui veut du mal. Qui ça on? Sa femme, les gens, tout le monde, personne.

    Pour se focaliser sur autre chose, il travaille comme jamais, passe énormément de temps avec sa machine à écrire et ne sors quasiment plus.

    Il devient de plus en plus solitaire, contre son gré dit-il (sa femme le chasse de chez lui !) et travaille dans un petit cabanon complètement seul, sans voisins, aucune présence pour lui remonter le moral.

    Un jour qu'il se rendait à son cabanon, il lève la tête et voit un formidable visage dans le ciel. Un visage énorme, terrifiant, quelque chose de pas humain.

    Il sent confusèment que ce visage n'existe pas, que ce doit être une erreur. Quand même ! Ca doit être du à ce qu'il appelle des mois de privations sensorielles, à son isolement.

    Ca ne peut pas exister.

    Mais le visage est toujours la.

    "Il était gigantesque; il emplissait un quart du ciel. Il avait des fentes aveugles à la place des yeux, il était en métal et, pire que tout, il était Dieu."

    "Tous les jours il fallait que je fasse le chemin sous son regard"

    Ce visage sera à l'origine du roman "The three stigmata of Palmer Eldritch" et plusieurs années plus tard, il le revit, mais sur une photo.

    Il s'agissait d'une tourelle d'observation de la première guerre mondiale. Et la il se rappelle. Son père avait fait parti du 5ème régiment des marines qui ont débarqués en Europe pour prendre part à la guerre. Le même père qu'il aimait et qui l'avait abandonné. il se souvient que quand il était petit, son père lui avait montré son uniforme ainsi qu'un masque à gaz, et qu'il lui avait raconté des histoires horribles de soldats craquant sous la pression, arrachant leurs masques à gaz et courant erratiquement sur le champ de batille, entre les vapeurs toxiques et les balles de l'ennemi.

    "Enfant, cela m'angoissait à l'extrême d'écouter les récits de guerre de mon père[...] toutefois, ce qui m'effrayait le plus, c'était de le voir revêtir le masque. Parce que, alors, son visage disparaissait. Ce n'était plus mon père que j'avais devant moi. Ce n'était même plus un être humain. Je n'avais que quatre ans."

    The Three stigmata of Palmer Eldritch est donc le résultat de ce qu'il appelle des angoisses ataviques puissantes découlant de la tristesse et du chagrin qu'il a ressenti suite au départ de son père.

    Ce même père qui apparait symboliquement dans le roman sous deux formes, celle de Palmer Eldritch et de Leo Bulero.







    The three stigmata of Palmer Eldritch ( VF:Le Dieu venu du Centaure )







    Dans le futur, la Terre à une atmosphère suffocante. Il y fait vraiment très chaud, 80 degrés à partir de midi.
    Leo Bulero est le PDG des combinés P.P (Perky Pat, ou poupées Pat), un richissime homme d'affaires qui contrôle aussi la fabrication et l'exportation du D-Liss (Can-D en VO, bonbon ou confiserie), une drogue puissante à l'intention des humains ayant quitté la Terre pour coloniser d'autres planètes du système solaire. La plupart des colons y sont contre leur volonté, et la vie y est bien plus rude que sur Terre. Les colons se sentent isolés et ils s'y ennuient mortellement, entassés dans des clapiers et rêvant à un improbable retour sur Terre, leur planète natale ou la vie y est quand même plus facile.

    Ils tiennent donc le coup grâce au D-Liss, une drogue hallucinatoire qui leur permet de se "translater" dans les corps de Poupée Pat et de son petit copain, Walt Essex, et de vivre pendant un temps limité comme si ils avaient à nouveau 16 ans, sur une Terre pas trop inhospitalière, et ainsi oublier momenténament l'enfer de leur condition dans les colonies. Le D-Liss ne propose qu'une hallucination collective (nourrie par leurs souvenirs de la Terre et les objets minifies que vendent les combinés P.P), mais elle est le seul moyen d'évasion des colons, et leur pivot psychologique.


    Un jour, un des vaisseaux de l'ONU retrouve Palmer Eldritch, que tout le monde croyait mort il y a 10 ans dans une expédition à risques près de Proxima du Centaure.

    Palmer Eldritch est revenu changé. Son bras droit est robotique, sa machoire est d'acier, et il a des fentes vides à la place des yeux. Mais c'est surtout spirituellement qu'il a changé. Ce n'est plus le même homme.
    Il dit qu'il revient du système Proxien avec le K-Priss, une drogue bien plus puissante que le D-Liss.

    "Dieu promet la vie éternelle... Moi, je la dispense" affirme t'il.


    Leo Bulero craint que le K-Priss soit effectivement plus puissante que le D-Liss, et aussi de perdre ses clients qui seraient plus attirés par l'autre drogue.

    Mais surtout, il nourrit des craintes à propos de Palmer Eldritch.

    Comment a t'il survécu? Qu'as t'il fait pendant tout ce temps? Est-ce bien Palmer Eldritch qui est revenu du Centaure, ou quelque chose d'autre?
    Et si il s'était fait possédé par une entité extra-terrestre? Il est revenu tellement changé ! Ce n'est plus le même homme.

    Leo Bulero essaiera le K-Priss pour déterminer si elle est une menace sérieuse au monopole du D-Liss...Et à partir de la, c'est la descente aux enfers.

    Ce roman est l'un des plus cauchemardesques que l'auteur ait écrit, à mes yeux. Il n'y a pas d'holocauste nucléaire ou de machines tueuses comme dans beaucoup de ses récits, et pourtant c'est l'un des plus flippants qu'il m'ait été donné de lire, si on commence à s'identifier aux deux personnages principaux. Je n'ai jamais fait de Bad Trip du à la drogue, mais il m'est déjà arrivé de délirer un peu à cause de la fièvre ou de la fatigue. Ca vous est surement arrivé aussi. Ce livre est une sorte de bad trip puissance mille. Il m'as vraiment fait forte impression. Comme souvent avec Dick, l'un des thèmes principaux est l'impossibilité pour les personnages de savoir si ils ont accès à la réalité ou pas.

    Pour le K-Priss, imaginez vous une drogue tellement puissante qu'elle vous transporte dans un monde ou vous pouvez faire tout ce que vous voulez. mais vraiment tout.
    Comme un rêve lucide, mais qui ne finirait jamais, que vous controleriez parfaitement, et sans l'irréalité de la structure onirique. Les sensations sont les mêmes que dans la vraie vie, même si c'est bien sur un monde illusoire, une sorte de super-hallucination.
    Une drogue tellement puissante qu'en fait, vous ne seriez plus capable de faire la différence entre le monde qu'elle vous propose et la réalité
    Vous vivrez dans un univers ou la seule limite est votre imagination, et ou le temps ne s'écoule plus pour votre corps terrestre.

    Vous avez envie de changer de corps, de visage, d'apparence? Allez-y, choisissez. Vous voulez voler, batir ou détruire des empires, le K-Priss vous le permet. Vivre deux cent mille ans, explorer les galaxies, lire dans les pensées... Être Dieu, vous le pouvez, grâce au K-Priss.

    Mais la ou le bât blesse, c'est quand le subconscient s'en mêle. Au fond de vous, vous savez que vous vivez dans une illusion. Aussi chatoyante et excitante qu'elle soit, elle n'est pas réelle. les gens qui la composent, vos amis, votre famille, vos amours, ils sont tels que vous les connaissiez, ou vous pouvez changer leur comportements si vous le désirez, mais ils ne sont pas réels.
    Dès lors, pouvez-vous vraiment profiter des merveilles que propose le K-Priss si vous savez qu'elles sont fausses?
    La réalité, aussi sordide soit-elle, ne vaut-elle pas mieux que la plus paradisiaque des illusions?
    En tous cas pour Leo Bulero, l'expérience tourne au cauchemar. Rien ne se passe comme prévu, et quand il veut sortir de la super-hallucination de la drogue, il se rend compte qu'il n'y arrive plus.

    Il est coincé dans cet univers imaginaire... A moins que Palmer Eldritch décide de le laisser partir.

    Pour le lecteur, le "but du jeu" sera de deviner la véritable nature d'Eldritch, et ses intentions. Que veut-il accomplir avec cette drogue qui peut virer au cauchemar?

    Dans ce livre, Dick prend un malin plaisir à égarer le lecteur et à glisser des chausses-trappes. Plusieurs fois, Bulero croira être retourné dans la réalité réelle, il croira s'être réveillé pour de bon... Avant de se rendre compte qu'il n'en était rien. Il est toujours prisonnier du K-Priss, et les trois stigmates de Palmer Eldritch (Les fentes aveugles, la machoire d'acier et la main robotique) apparaissent pour lui rappeller qu'il n'est pas revenu dans la réalité. Et si il était incapable d'en sortir? Si il était tout simplement impossible de se sortir de l'illusion une fois la drogue prise?
    Plusieurs fois au cours du roman, on se demande si tel personnage est revenu dans la réalité, ou si il est toujours en train d'halluciner sans le savoir.

    Si on se met à la place de Bulero, c'est assez glaçant cette incertitude absolue.

    En fait, le K-Priss peut-être une bénédiction ou une malédiction selon votre point de vue. D'autres ne feront pas la même expérience que Bulero.
    Tout dépend de votre subconscient. Etes vous prêt à accepter une vie révée, voire même les pouvoirs d'un Dieu, si vous savez que tout cela est faux? Vous seriez prêt à vivre dans la matrice une fois que vous savez la vérité?

    Dans le livre, un des employés de Bulero s'appelle Barney Mayerson. C'est un Prévog, c'est à dire qu'il a la capacité de voir dans l'avenir, jusqu'a un certain point. Les prévogs sont utilisés par Bulero à des fins commerciales, pour déterminer les potentiels de ventes de certains objets manufacturés par les combinés P.P.

    Il est intelligent, ambitieux, aisé et sa carrière est assurée. Plans culs d'un soir avec d'autres femmes, il a tout ce qu'il souhaitait d'avoir... Sauf que ça ne lui suffit plus. Mayerson se sent vide, triste, déprimé.
    Pourquoi? Parce que ça fait plusieurs années maintenant qu'il a divorcé d'Emily, une femme non-évoluée, et qu'il se rend compte qu'il a sacrifié sa vie avec elle au profit de sa carrière. En fait, il se rend compte qu'avec Emily, sa vie avait un sens, un but. C'étaient les seuls moments ou il était heureux, et il ne s'en rend compte que maintenant. Il pensait qu'avec le temps, cette douleur allait disparaitre, mais elle ne fait qu'empirer.

    Il a bien essayé de la reconquérir, mais elle est amoureuse d'un autre homme. Tout ce que Barney Mayerson veut, c'est qu'Emily revienne à lui, pour retrouver enfin le bonheur. Mais il ne peut pas la reconquérir, il ne peut pas changer le passé. Il est condamné à être malheureux.

    A moins que...

    Et si le K-Priss pouvait l'aider?

    A ce moment la du livre, il sait l'expérience horrible qu'a éprouvé Leo Bulero. Il connaît la dangerosité du K-Priss.
    Il sait que tout ce que le K-Priss lui apportera, c'est une illusion.
    Mais dans cette illusion, il pourrait réparer les erreurs du passé, et vivre heureux avec Emily. C'est son dernier espoir.

    Va t'il se laisser tenter?

    Et vous, vous seriez prêt à tenter ce genre d'expérience?

    -----

    C'est durant cette période que Dick écrit aussi Ubik, considéré comme son meilleur roman, et Do androids dream of electric sheep? qui sera adapté plus tard au cinéma sous le titre de... Blade Runner.



    Je ne vais pas vous parler du film, vous le detestez ou vous l'aimez, mais vous le connaissez surement déjà.

    En 70, sa femme le quitte en emportant leur deuxième fille.

    Depression. Drogues. Délires.

    Pour ne pas se sentir seul, il invite tous les marginaux, tous les drogués, tout le monde et n'importe qui.
    Il consomme encore plus de stupéfiants, enchaine les séjours à l'hopital psychiatrique, soit pour lui, soit pour voir un de ses nouveaux compagnons qu'il accueille chez lui.

    Il voit bon nombre d'entre eux mourir à cause de la drogue, il assiste à leurs derniers délires, et dans Substance mort, il synthétise cette sombre période de sa vie et toutes les folies que peut entrevoir un cerveau ravagé par l'addiction.
    Il déménage ensuite à Vancouver, tombe plusieurs fois amoureux, et essuie plusieurs refus. Il estime que sa vie est en lambeaux, et tente de se suicider avec une surdose de tranquilisants.
    Il se rate et se fait interner à X-Kalay. Plus tard, il rencontre Tessa Busby, une jeune femme de 18 ans avec qui il fonde un foyer. Sa vie redevient plus stable, et il se remet à écrire.

    On constate que les périodes les plus stables de Dick sont celles quand son couple allait bien.

    C'est une étrange histoire que celle de Dick et les femmes. Elles sont le pillier de son équilibre psychologique, et quand il se sent abandonné par elles, il déprime fortement et le monde vire au noir.

    De fait dans ses romans, on remarque deux types de femme. Comme si il n'y avait pas de nuances pour le genre féminin et qu'une femme ne pouvait appartenair qu'à l'une ou l'autre de ses catégories.

    Soit la femme est aimante, fidèle, chaleureuse. C'est l'éternelle belle qui invite, la femme qui vous aime et qui vous attend, quelque part.

    Soit elle est manipulatrice, infidèle, tourmentée, machiavélique ou meutrière. Cette femme la ne se soucie pas des sentiments des gens.

    Je ne sais pas si les personnalités de ses personnages féminins suivaient ses déboires avec ses femmes dans la vie. Je l'imagine comme ça en tout cas: quand tout se passe bien avec sa compagne, alors les femmes sont sincères, mieux que ça, leur présence est même salvatrice. Et quand sa vie de couple s'effrite, alors on ne peut décidément pas leur faire confiance !

    Une de ses nouvelles intitulée "Dans le jardin" est assez intéréssante à ce sujet.

    Dans l'histoire, Robert est marié à Peggy, une femme jeune, vive, sexy, attirante. Elle passe beaucoup de temps dans le jardin avec Sir Francis, un canard blanc apprivoisé. C'est un animal qu'elle a recueilli. Un jour, un de leur ami nommé Lindquist leur rend visite et voit Peggy s'amuser avec Sir Francis. Aussitôt, un poème lui revient en mémoire, "Leda et le cygne".
    Dans ce poème, ce Dieu plutôt coureur qu'est Zeus prend l'apparence d'un cygne pour approcher Leda et la séduire. Et accessoirement se la faire.
    A l'évocation de ce poème, Peggy devient inexplicablement furieuse et congédie Lindquist. Puis elle annonce à son mari qu'elle attend un enfant.
    Au début obert est fou de joie, mais très vite un doute affreux s'insinue en lui. La fureur inexplicable de sa femme en écoutant le poème, le bébé...
    Et si sa femme l'avait trompé avec Sir Francis? Avec un canard? Avec un Dieu qui aurait pris l'apparence d'un canard pour séduire sa femme?

    Cette idée va le tourmenter, il va devenir jaloux de Sir francis et puis... Et puis vous saurez si vous lisez la nouvelle Smile

    Je vais pas jusqu'a dire que cette nouvelle est représentative de l'image que se faisait Dick des femmes, cependant je trouve ça intéréssant et pas anodin quand on connait le coté paranoïaque qu'avait Dick, parfois jusqu'a l'absurde.

    -----

    Lors d'une conférence à Metz, il révelera à son auditoire qu'il a été contacté par des extra-terrestres en 1974 et que ceux-ci lui envoient régulièrement des messages.







    Durant les dernières années de sa vie, il consacre la plupart de son temps à écrire L'éxegèse, texte monumental sur son œuvre dont une seule partie est publiée aux États-Unis. Elle est issue des interrogations de Dick sur une expérience mystique qu'il a vécue en mars 1974, laquelle est aussi à l'origine de Siva, œuvre emblématique de la fin de sa vie. On y trouve des fragments de l'Exégèse, à l'intérieur d'une histoire qui est une véritable mise en abyme de sa propre vie. À sa mort on découvre chez lui plus de 8 000 pages du dialogue qu'il entretient avec lui-même depuis cette expérience. Un exemple parmi d'autres : en écoutant la chanson des Beatles , Strawberry Fields Forever, il diagnostique que son fils est atteint d'une hernie inguinale, ce qui sera confirmé par des examens ultérieurs.



    À ce moment, Dick déclare être en transe avec SIVA, quand il l'a informé que son enfant était en danger de mort d'une maladie non identifiée. Des examens de controle n'ont pas montré de soucis ou de maladies. Cependant, Dick a insisté pour que des tests plus poussés soient effectués sur son fils. Le médecin s'y est conformé en dépit du fait de n'avoir vu aucun symptôme apparent. Pendant ses examens, le docteur a découvert une hernie inguinale, qui aurait tué l'enfant si une opération n'avait pas été rapidement effectuée. Son fils a survécu grâce à l'opération, que Dick a attribué à "l'intervention" de SIVA.

    Un autre évènement étrange est intervenu. La femme de Dick l'aurait entendu parler dans une langue étrangère et aurait découvert qu'il s'agissait de la koiné grecque, la langue parlée durant les années helléniques (du IIIe siècle av. J.-C. au IVe siècle ap. J.-C.) et père du grec actuel, qu'il n'a jamais étudié. Comme Dick l'a découvert plus tard, le koinè a été utilisé pour écrire le Nouveau Testament et la Septante. Une dizaine d'années plus tôt, Dick a déclaré qu'il était capable de parler, penser et lire couramment Latin sous l'influence du LSD.

    Blade Runner est en cours de réalisation. Dick est déçu par les divers scripts qu'on lui fait lire, il estime qu'ils sont trop éloignés de son roman, mais il voit les premiers images de métropoles tentaculaires, et avoue à Ridley Scott que c'est exactement comme ça qu'il s'imaginait les décors quand il avait écrit le livre.


    Ridley Scott et Philip K.Dick

    Malheureusement, Philip K.Dick n'aura pas le temps de voir son livre adapté au cinéma. Il meurt le 2 Mars 1982 d'une défaillance cardiaque peu avant la sortie du film, et est enterré aux cotés de sa chère soeur Jane.

    Il laisse dérrière lui 44 romans et 121 nouvelles, ainsi que son énorme correspondance avec lui-même (8000 pages quand même)





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    Voila, je sais pas si je vous ai donné envie de lire un de ses livres ou si au contraire je vous en ait parfaitement dégouté. Mais j'avais envie d'en parler. A la lecture de cette courte et incomplète biographie, vous pouvez vous dire que son univers est trop déprimant, trop sombre, trop pessimiste, et que ce type de littérature n'est pas pour vous. Je peux comprendre ça, j'évite de lire PKD quand je suis pas au top moralement. Sinon ça déprime encore plus.

    Mais sachez quand même que Dick, ce n'est pas que cela. Il y a quand même de l'espoir et de l'optimisme, même si ils sont bien cachés.

    Malgré les virus destructeurs, les particules ravageuses, les extraterrestres majoritairement hostiles, les machines tueuses, les guerres totales, malgré la mort, la désolation et l'incertitude, malgré le fait qu'on ait l'impression que l'univers soit fondamentalement mystérieux et cruel, malgré tout ça, il y a une note d'espoir dans les écrits de Dick.

    Car vers la fin, il a trouvé la réponse à une des multiples questions qui hantaient son existence.

    Qu'est ce qui définit un être humain?

    Pour Dick, la réponse n'est pas le fait d'avoir des sentiments, ou d'avoir peur de la mort. Et le "Je pense, donc je suis" ne lui est pas suffisant, pas dans un monde ou les êtres artificiels se mettront à penser eux aussi.
    Ce qui définit l'être humain, c'est la Caritas.

    Caritas signifie charité, ainsi qu'amour. Mais Dick y inclus aussi un sens plus large, celui de la compassion et de l'empathie.

    Si vous êtes capable d'empathie, si vous pouvez ne serait-ce qu'un instant vous mettre à la place de quelqu'un d'autre, et ressentir ce qu'il peut ressentir, être trsite pour lui, ou joyeux si il est heureux, si vous êtes capable de Caritas, alors vous êtes humain.
    Et chez Dick, on ne naît pas humain, on le devient. Car voyez-vous, ce qui définit l'être humain est intérieur, pas extérieur. Aussi, si un robot était capable de Caritas, on ne devrait plus le considérer comme un robot, mais comme un véritable être humain. A l'inverse, nombreux sont les humains qui ont perdu toute capacité d'empathie, et qui ont ainsi perdu leur humanité.

    C'est peut-être dur de voir en quoi cette notion de Caritas représente un espoir, mais pour Dick c'en était un. Pour quelqu'un d'aussi tourmenté que lui, c'était une lueur d'espoir dans un monde vertigineux ou tout est incertain, jusqu'a la perception de la réalité et jusqu'a votre propre existence.

    Vous vous rappellez la dernière phrase de Terminator 2? Elle était beaucoup plus optimiste que celle de Terminator 1. A la place de "La grande tempête, elle vient" qui annonce la guerre, la destruction et la mort, on a "Car si une machine peut comprendre la valeur d'une vie humaine, alors peut-être le pouvons-nous aussi"

    Avec Dick, il n'y a pas que la guerre, la destruction et la mort. Il y a aussi l'espoir. Un monde ou même des êtres artificiels peuvent connaître la Caritas.

    Dans Blade Runner, Roy Batty est un "Andy", un réplicant, un être artificiel qui se démarquait (lui et ses semblables) des humains par son absence totale d'empathie. Et à la fin, alors que Deckard (Harisson Ford) à tué ceux qu'il aimait, alors qu'il ne lui reste plus que quelques instants à vivre, alors qu'il pourrait tuer Deckard et qu'il a toutes les raisons de le faire, à la toute fin, il lui sauve la vie.





    Roy avait peur de mourir, mais pendant un bref instant, il a ressenti la peur d'un autre. Pendant un bref instant, il a été capable d'empathie.
    Roy est peut-être né androïde, mais il est mort en tant qu'être humain.

    Alors c'est ça aussi Philip K.Dick. Ce n'est pas que le désespoir et l'horreur. C'est aussi un peu de poésie et d'optimisme. Malgré toutes ses peurs et toutes les craintes qui ont dominées sa vie, malgré toutes les visions de guerre dévastatrices qu'il imaginait et craignait, Dick savait que l'humanité n'est pas obligée d'emprunter cette voie la, et qu'elle n'est pas condamnée à répéter les erreurs du passé. C'est un tout petit espoir, mais c'en est un quand même.

    Parce que si une machine est capable d'empathie, et bien, peut-être le pouvons-nous aussi.




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    Re: Philip K.Dick

    Message par Ju le Ven 26 Aoû - 15:28

    Waaah *__*
    Je suis tellement contente de voir un topic sur cet auteur fantastique que je vais faire durer le plaisir et le lire en plusieurs fois Very Happy

    En tout cas j'ai beaucoup lu de lui et rien ne m'a déçue. C'est un génie et entendre que la grande majorité des films (j'ai lu toute ton intro) de SF des années 80/90 s'inspire de son oeuvre ne me choque pas du tout. Pas de fangirlisme là-dedans: Avec une connaissance mauvaise à moyenne de son oeuvre on peut déjà voir les nombreux liens tissés entre littérature et grand écran !
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    Re: Philip K.Dick

    Message par Bluipiah le Ven 26 Aoû - 20:43

    Oui, il y a énormément de films et de téléfilms (qu'on dit Dickiens) qui s'inspire de ce qu'il a écrit, pas tant les romans eux-mêmes ou les nouvelles, mais des petits concepts qu'il mettait ici et la dans ses histoires, des concepts novateurs pour l'époque et qu'il ne dévellopait pas forcément, surtout dans ses nouvelles (moins de pages).

    C'est à la fois frustrant pour le lecteur, mais ça fait aussi carburer l'imagination.

    C'est pour ça qu'il est souvent pas crédité au générique parce que les scénaristes s'inspirent plus d'un concept qu'il écrit dans un livre plus que de la moêlle même du livre.

    Par exemple dans Do androids dream of electric sheep, alias Blade Runner, il y a un truc dans le livre qui n'est pas dans le film parce que ce n'est pas si important, je sais plus comment ça s'appelle exactement, je crois que c'est l'orgue d'humeur, ou les humains peuvent simplement choisir leur humeur du jour même si ça rentre en contradiction avec leur... Euh... Psyché? Enfin l'humeur qu'il aurait éprouvée en temps normal.

    Par exemple si Deckard est triste ou déprimé à cause de soucis, il peut choisir d'être heureux, jovial ou enthousiaste grâce à l'orgue d'humeur. Alors que sa femme choisit selon lui des humeurs morbides qui créent des tensions dans leur vie de couple.

    Enfin bref, donc l'orgue d'humeur dans le livre c'est assez mineur, mais à l'époque c'était un concept assez novateur, et une fois j'ai vu un téléfilm ou Dick n'était pas crédité et ou un gars pouvait aussi choisir son humeur du moment grâce à un dome de tranquilité. J'ai tout de suite pensé à l'orgue du livre. Il y avait juste ce petit concept qui avait été repris pour en faire un téléfilm, après je sais plus trop comment ça se finissait, le gars dévellopait une addiction au dôme, au point de ne plus vouloir le quitter et sa femme essayait de l'en sortir, ça se finissait mal je crois.

    C'est pour ça, ya plein de petits concepts dans les écrits de Dick qu'il dévellope pas, mais il nous donne suffisament d'élements pour intriguer le lecteur.

    Quand on a lu la nouvelle "Souvenirs à vendre" qui a inspirée Total Recall, on remarque que c'est à peu près la même chose, la nouvelle est très différente du film, mais ils ont bien repris l'idée des souvenirs artificiellement implantés dans un esprit humain au point que celui-ci ne fasses plus la différence entre les vrais souvenirs et les faux + le coté parano et complot du gars à qui on cache des choses et qui met au jour une conspiration etc...

    Il y avait aussi la boîte à empathie dans Do androids... Qui n'avait pas été utilisée dans le film, mais le concept avait été repris dans un épisode d'Outer limits, les remakes des années 90/2000. Enfin je crois que c'était cette série, j'ai un doute maintenant, mais le concept d'une petite boite avec deux poignées tentatrices qui permettait de ressentir tout ce que ressentait une autre personne à des milliers de kilomètres de la était dans la nouvelle, c'était pas le truc le plus important du livre mais c'était une idée parmi d'autres, et ça a été repris ailleurs avec la question "Si la personne meurt, est ce que celle qui lui est reliée par la boîte à empathie meurt aussi?" vu que la douleur était retransmise instantanément.



    Dick c'est plein de trucs comme ça, c'est une mine d'or pour scénaristes, il va dévelloper un concept de quelques lignes à quelques pages et hop, ça peut faire un film.

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    Re: Philip K.Dick

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